Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin
C'était ma dernière garde de l'été et j'y allais de façon désinvolte, fatiguée de toutes les gardes enchaînées au cours de ces 3 mois, d'autant plus que les deux dernières ne s'étaient pas vraiment bien passées. ( patients énervés d'attendre et de ce fait très agressifs )
Je suis allée devant le grand tableau blanc pour m'informer des réjouissances et j'espérais vraiment qu'il serait là. Je suis restée collée bêtement devant ce tableau pour m'assurer que je ne me trompais pas. Son nom était marqué noir sur blanc ce qui éclaira d'un coup mon air las et nonchalant. Parfois j'ai vraiment de la chance ! J'affichais donc un visage radieux avec un air enjoué, limite niais pour le restant de la garde. Avec la certitude que ce soir il sera là, je n'ai pas vu filer l'après midi. Les urgences étaient calmes. Une interne est venue me voir en me disant " c'est toi J.? " J'approuve. Elle me dit que mon observ' était très bien. J'étais contente. Les compliments sont toujours bons à prendre dans ces études où la reconnaissance est rare.
J'ai pris un autre patient : Monsieur Y : Motif d'hospi : " Vomissements" chez un patient âgé de 91 ans. Je lis la lettre du médecin. En gros le patient présentait des vomissements depuis dimanche soulagés par le jeûne dans un contexte de cholestase ictérique. Pendant que je lisais cette lettre, le chef des urgences de l'aprêm vient vite fait examiner le patient. Il me certifie la présence d'ascite en me montrant qu'il y a une matité déclive. Je ne peux qu'approuver. Il ausculte ensuite les poumons et pour ne pas embêter le patient une nouvelle fois, je lui demande ce qu'il a entendu. Il me répond " rien de particulier". J'écris donc : auscultation pulmonaire normale. J'ai pas été très fine. J'aurais du vérifier et ne croire que ce que moi j'entendais surtout que sur cette observ' je savais pertinemment que je serais attendue au tournant.
18h, heure de la relève et des transmissions. M. est là et je sais qu'à ce moment là ma garde va enfin avoir un peu d'intérêt.
Il m'appelle pour aller voir Monsieur Y, patient très sympathique et très bavard. Je l'observe admirative interroger le patient. Je suis fascinée comme à chaque fois et honteuse, je me rends compte de mes oublis et autres négligences. Il les questionne parfaitement, les laisse parler quand il faut, les coupe quand ils s'emballent. Toujours avec cette voix grave et rassurante. J'écoute et j'apprends.
Après avoir examiner le patient, M. me dit qu'on va regarder mon observ'. J'approuve et je baisse les yeux sachant qu'elle est mauvaise et qu'elle le décevra. Il lit mes phrases une à une en ne laissant rien passer et me pose des questions. Je suis rouge, j'ai les mains moites et j'ai honte de ne pas avoir été à la hauteur sur ce coup. Je voulais qu'il soit fier, j'ai été minable. Histoire de m'enfoncer un peu plus, dévoilant le vide sidéral de mes connaissances, il m'a demandé à quelle classe d'antidiabétiques oraux appartenaient le glucor et le novonorm. J'en savais strictement rien. J'aurai pu la jouer au bluff et broder avec 2 ou 3 souvenirs mais j'ai tout simplement dit que je ne savais pas. Il m'a dit assez sèchement qu'il faudrait que je regarde dans le vidal après. J'ai acquiescé avec mon air désolé ressemblant à une petite fille qui avait mal appris sa leçon devant son professeur.
J'étais vraiment mal à l'aise et mes joues écarlates me trahissaient.
Il me demandait pleins de trucs ( certes pour mon bien ) hypothèses dg, exams complémentaires etc... A chaque fois je répondais timidement écrasée par le doute et l'incertitude.
On fera finalement une écho. Je monte chercher l'échographe dans le service de gastro. Il voulait que je commence seule. [moi pas savoir faire une écho] J'ai dit que je préférais qu'on le fasse ensemble. Il m'a tout montré. Le foie, le hile, le pancréas ( qu'on voyait pas ) , la vésicule, les reins, les jolis cônes d'ombre que formaient les côtes. On a passé une longue heure à regarder dans les entrailles du patient ( qui était très content qu'on s'occupe de lui). J'ai eu encore droit à quelques questions mais je crois m'en être pas trop mal tirée.
Pendant qu'il reprenait mon observ' désastreuse, il m'a laissé faire de l'échographie. J'étais trop contente. Je tenais la sonde d'écho avec hésitation mais j'étais très fière de visualiser à mon tour les différents organes. M. m'a demandé de retrouver la rate et les kystes rénaux et de les mesurer. 2 heures après j'ai trouvé la rate. ( toute fière )
Je suis remontée en gastro pour rammener l'échographe. Evidemment il a fallu que je rencontre C. La redescente aux urgences fut douloureuse.
Plus tard dans la soirée j'ai encore fait une écho, mais avec le chef de clinique de pneumo cette fois. La situation était beaucoup moins stressante. Lui se contentait de me montrer le liquide pleural sans me bombarder de questions et en même temps, j'avais rien à lui prouver.
On s'est couché pas tard.
C'était une garde stressante mais j'en suis très contente.