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Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin

Garde

 

Je suis de garde. Demain. Les gardes sont un peu le passage obligé dans la 4ème dimension de tout étudiant en médecine. Il y a la première... celle qu'on attend avec impatience. On s'y voit déjà, se ruant sur les brancards, le stétho autour du cou, le regard vif, en hurlant comme ce cher John Carter : « Gaz du sang, chimi iono » Le sang qui gicle, les scopes qui s'affolent, et des blouses blanches qui s'agitent dans tous les sens. 

 

La première garde a un goût amer. Un retour brutal à la réalité, une désillusion de l'utopie dévoilée par les séries hospitalières. La quotidien de l'hôpital est tout à fait différent de celui dépeint dans Urgences ou Grey's Anatomy ( pas de Dr Sloan et de Dr Shepherd, et pas le même budget que le Seattle Grace Hospital). Soyez rassurés, je n'étais pas naïve à ce point. Je ne m'attendais pas à arriver à l'hôpital la blouse cintrée, ouverte, les cheveux détachés, la démarche assurée, défilant, au milieu d'une dizaine de chef en tout genre me dévisageant!

 

Je le savais, mais je n'imaginais pas un tel gouffre entre les deux. Le système français est certes différent de celui du système américain. Les vrais polytraumatisés, on ne les voit pas aux urgences, ils vont directement en réa. Ceci explique en partie la désillusion.

 

Pour revenir à notre Hôpital.

 

Notre système des Urgences est organisé en 2 parties.

 

- Un circuit court où sont admis les patients qui relèvent de la petite traumatologie et de la "bobologie"

 

- Un circuit long où sont pris en charge les patients plus lourds (patients âgés aux multiples pathologies et toute pathologie susceptible d'entraîner une potentiel hospitalisation). Le circuit long occupe la pièce centrale des urgences. Il déborde souvent de patients échoués sur des brancards faute de place dans les box.

 

Lors de mes premières gardes, moi et mes co-externes, nous nous battions pour aller au circuit court dans la perspective de réaliser des plâtres, des sutures, et de rédiger nous même nos ordonnances. Une occasion pour un externe de se sentir utile. Notre rôle consiste là bas à examiner les patients, prescrire les radios si besoin, obtenir le feu vert de l'interne pour suturer, effectuer les petits gestes thérapeutiques, prescrire les médocs, et faire contrôler tout ça par l'interne avant de laisser partir le patient. J'aime toujours aller au circuit court mais je commence à préférer le circuit long. Il y a encore quelque temps ça m'aurait semblé invraisemblable, pourtant nous nous battons maintenant pour aller au long.

 

Ce changement radical est expliqué en partie par une "meilleure compréhension" de la médecine en générale. Au milieu de la 5ème année on a fait presque le tour de toutes les spécialités et on commence à avoir une vision plus globale des choses. Je me souviens que j'avais encore du mal à y croire l'année dernière. J'étais complètement perdue aux milieux des brancards et paniquée à l'idée de devoir examiner un patient venant pour « crise comitiale » « céphalées », ou « douleur abdo » . Je ne prétends pas me sentir aujourd'hui complètement à l'aise, mais je sais ce que je dois rechercher et je ne suis plus effrayée. Le fameux déclic de la 5ème année existe bien.

 

Revenons donc à la désillusion qui accompagne la première garde. Les urgences consistent en un véritable champ de bataille où cohabitent médecins, internes, IDE, ASH, externes, et patients. La mission de l'externe consiste principalement à : faire les ECG (ça c'est vraiment le truc qui me manquera pas quand je serai interne!), porter les bons à la radio (et vite parce que ça urg !), examiner le patient et rédiger l'observation sur les 5 ordis des urgences qui se battent en duel. Autrement dit, l'externe retrouve ici ses fonctions principales étant : Secrétaire, Coursier, ECGologue, Standardiste. J'oubliais aussi : Brancardier! (quand on trouve personne pour monter monsieur X dans tel ou tel service, on se reporte vite sur une proie facile, l'externe). Le tableau que je fais des Urgences est un peu sévère mais c'est à peine exagéré.

 

Cependant des fois on a de la chance. Quand les urgences sont calmes, que les internes avec nous sont des connaissances de stage, qu'ils sont tout simplement gentils ou qu'ils sont animés brutalement d'un élan de pédagogie, une garde peut être géniale. Ce fut le cas lors de mes deux précédentes gardes, surtout l'avant dernière. Une garde génialissime où j'ai eu l'impression de servir à quelque chose et apprendre des trucs. Un interne qui te prend sous son aile ça n'a pas de prix dans cet océan infesté de requins!

 

 

 

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