Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin
Un vent de nouveauté a soufflé. J'ai quitté les psychotiques pour passer une petite semaine à la psy de liaison. Un petit service tout propre qui sent encore le neuf. On aurait presque envie de s'y installer. J'ai fait la connaissance de l'interne que j'allais accompagner et questionner pour ces quelques jours. Une fille tout à fait charmante qui avec quelques paroles accueillantes et rassurantes vous met tout de suite à l'aise. Un visage enjoué avec deux grandes billes bleues dans lesquelles se perdent les patients. Ca me réconcilierait presque avec les internes appartenant à la gente féminine.
J'espérais secrètement toute la matinée qu'on aille donner des avis là bas. Juste pour voir les murs oranges encore une fois. Mais je ne fus pas exaucée. Le pire c'est qu'il a fallu une page du classeur d'un patient pour que la frustration m'inonde.
On a reçu une petite dame, ternie par la tristesse suite à un AVC traumatisant. Sur le plan somatique, elle avait complètement récupéré... c'est dans la tête que ça s'emmêlait un peu. Elle m'a fait rire quand elle a dit qu'elle ne se confiait pas au premier venu alors qu'elle a passé la séance à parler sans retenue avec deux parfaites inconnues. Un veilleur de nuit avait failli et avait oublié de rallumer sa lanterne, l'abandonnant à l'angoissante obscurité.
On est ensuite descendu en médecine gériatrique. Je ne soupçonnais même pas l'existence de ce service. Là encore un service refait à neuf avec des murs violets. Une colonie d'externes encore innocents et naifs nous ont accueilli. Je les ai observé, amusée. Ca m'a fait pensé à moi il n'y a encore pas si longtemps, recopiant avec application les constantes des patients comme si ma vie en dépendait. J'enviais la lueur malicieuse et naive dans leur regard.
Nous sommes donc allées voir ce monsieur qui perturbait le bon fonctionnement du service la nuit en menaçant les infirmières de coups de poing.
Le monsieur s'est montré doux comme un agneau mais souffrait d'une démence prononcée. Tous les éléments sémiologiques étaient réunis. J'ai récité ma leçon bien apprise : " désorientation temporospatiale, manque de mot, néologisme et paralogisme, apraxie de l'habillage, anosognosie majeure, troubles du langage. Le stade "apraxo-aphaso-gnosique" fut parfaitement illustré. Je n'ai pas été étonnée de son aggressivité nocturne. Il ne comprend pas et est tout simplement perdu. Un peu de loxapine devrait calmer le jeu.