Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin
Je me suis arrivée devant les casiers toute fébrile, les mains tremblantes et mes lèvres chevrotantes. J'avais 15 minutes d'avance, pas de trop pour me détendre et me préparer. J'ai enfilé soigneusement ma blouse et vérifié que j'avais le nécessaire adéquat pour faire mon examen clinique.
Arrivée dans le service de chirurgie viscérale - bien que je sois en gastro, je passe mon oral là bas, n'essayez pas d'y trouver une quelconque logique - j'avance timidement vers la salle de colloque où j'aperçois derrière la porte légèrement entrouverte mon bourreau : une grande femme imposante, bien connue par les externes pour son exigence, sa coiffure et le bruit cristallin de ses talons aiguilles. Elle n'a pas manqué de souligner, agacée, que j'étais trop en avance. Adossée contre le mur, la gorge serrée, je patientais nerveusement.
8h20 : "on frappe fort, on frappe vite et on ne bat pas en retraite ! C'est vraincre ou mourir mes amis " Elle me tend un scanner, un dossier comportant quelques biologies et m'indique un numéro de chambre. Ne connaissant pas le service, je pars à l'aveugle à la recherche de mon patient. Au milieu de ce dédale, je tombe finalement sur un interne qui m'explique comment parvenir à la chambre.
Je frappe et entre très stressée. Mon patient est allongé dans son lit, l'air enjoué et serein, contrastant avec ma nervosité. Trop occupé à beurrer ses tartines avec grande précision, il me remarqua à peine. Je me présente rapidement en lui disant que je suis une externe et que j'ai exactement 20 petites minutes pour l'interroger et l'examiner. Toujours imperturbable, accaparé avec ses biscottes et sa confiture, il me répond qu'il faudra que j'attende qu'il ait fini de déjeuner. Je commence à bouillir et il va me falloir être très convaincante pour achever cette discussion et obtenir son accord pour l'examiner.
Je prends donc un regard limite menaçant, et lui explique que ce sera malheureusement impossible et que je m'occuperais personnellement de réchauffer son café.
Je palpe, ausculte, interroge, toujours les yeux rivés sur les aiguilles de ma montre qui filent à une vitesse folle. Heureusement, mon patient est gentil et cortiqué.
Une fois ma mission accomplie, je reviens au pas de course en salle de colloque. Mes 2 examinateurs m'attendent. Haletante, je me lance, confiante, dans la présentation du dossier, leur détaille le scanner, m'embrouille un peu sur le temps portal et l'injection. Parant à mon malaise, elle m'aide et semble de très bonne humeur. Ca se passe plutôt bien. Le chef de clinique est adorable et très rassurant, il ponctue ses phrases de compliments : " elle a très bien interprété le scanner " " c'est très bien " J'interprète ensuite l'ASP et la radio pulmonaire. Je m'en tire pas trop mal.
Enfin ils me demandent l'attitude thérapeutique, les complications, les conseils et complications à distance. Je sais. Elle a laissé échappé un petit " parfait "
Je suis sortie contente de moi, le sourire aux lèvres.