Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin
Je m'efforce de courir après le temps en prenant garde de ne pas me laisser happer. Le train est maintenant lancé et j'espère vraiment qu'il a atteint sa vitesse de pointe. Ca pourrait être encore pire que maintenant?
Je supporte, sans trop me plaindre. Je laisse ce rythme effréné m'enlever le peu d'humanité qu'il me reste. Mon corps ressemble à une envoloppe inerte, vague et lisse dont je ne connais même plus les limites. Pour supporter, je m'interdis de ressentir quoique ce soit. Je suis hermétique. Les alentours sont virtuels et ne me concernent plus.
Tout ça va à l'encontre de mes principes de base. Ils disent qu'il faut faire preuvre d'empathie et d'écoute. De compassion. Comment conserver toutes ces qualités quand ce qu'on nous impose (ou ce qu'on s'impose à soi même ) nous prive du peu d'humanité qu'il nous reste?
La seule chose qui tient mes jambes debout et qui me permet d'affronter le monde chaque matin, c'est la détermination. Elle me paraît inébranlable. Une sorte de ligne de vie que je suis sans me poser de questions.
Je ne crois pas au destin, ni aux coincidences. Mais j'ai vraiment l'impression que quelqu'un l'avait fait venir là au bon moment. Depuis cette garde, je suis changée. C'est dans mes tripes et ça coule dans mes veines. L'ambition et l'intime conviction que moi aussi je peux. Il me fallait ce déclic et ces certitudes pour supporter tout ça. C'était tellement évident.
Quand j'étais petite. J'avais demandé à ma grand mère ce qu'il fallait faire pour être comme le "docteur P". Elle m'avait répondu ceci : " tu sais, il faut beaucoup travailler et apprendre des tas de livres par coeur " " Combien ? " j'avais demandé. "Au moins une bibliothèque". Je lui avais dit que puisque c'était si dur, jamais je ne ferai docteur.
Et maintenant, je n'envisage plus ma vie autrement. Le problème c'est que je ne me contente plus du simple souhait d'être médecin. Je veux être Hépato-gastro-entérologue. Cette idée s'est implantée dans mon esprit et je ne peux plus faire marche arrière. Une conviction obsédante.
Mais si je ne l'avais pas. Si je disais comme certains, "je ne sais pas ce que je veux faire, on verra en fonction de mon classement "; comment pourrais-je me battre ?