Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin
Il faisait un drôle de temps ce matin. Le froid glaçait nos visages et nous mordait les joues. Le vent chahutait les feuilles dans les arbres et s'insinuait sous ma jupe faisant frissonner mes jambes. Autrement dit, je serais bien restée emmitouflée dans ma couette avec un bon chocolat chaud.
Nous sommes arrivées, plutôt ponctuelles, au niveau du 2ème étage surchauffé du petit hôpital. La FFI étant partie vendredi, nous faisons la visite sans interne, uniquement avec le médecin chef. Un homme gentil et simple qui nous a doté de nouvelles responsabilités depuis hier. "Mesdemoiselles, maintenant c'est vous qui ferez les internes" Cette simple phrase de sa part allait peut être briser l'ennui des longues visites, du moins c'était ce que j'espérai. (naïve)
Les matinées sont toutes les mêmes. Celle de demain sera identique à celle d'aujourd'hui et celle d'aujourd'hui était comme celle d'y hier, longue et monotone. Il n'y a pas beaucoup de turn over. Certains patients sont ici depuis des mois. Les diagnostics étant posés et la conduite à tenir élaborée, notre champs d’action est très réduit.
Nous commençons toujours par les mêmes chambres. Celles des plus chanceux. Le regard que nous posons sur eux est encore vif et attentif. Nous ne sommes pas encore lassés des multiples plaintes et des questions métaphysiques auxquelles nous ne pouvons répondre. Par contre, l’arrivée dans les dernières chambres coïncide avec l’heure du repas, ce qui explique une visite brève et écourtée. Il suffirait juste d’inverser chaque matin le sens de la visite pour que tout le monde soit content et que l’histoire ne se répète pas.
Mon statut de « pseudo interne » ne m’a pas libérée de la désinvolture que je traîne depuis que je suis dans ce service. Les couloirs m’ont encore paru interminables aujourd’hui. J’ai diagnostiqué une angine, prescrit un sirop et des bios. Pas de quoi retrouver un peu d’enthousiasme. J’ai oublié de préciser que c’est le seul service à ma connaissance où les patients peuvent décider du jour de leur sortie. En fait, ça ressemble à un immense hôtel doté de personnel soignant. Les gens vont et viennent comme bon leur semble.
Le seul point positif, (si si il y en a un), c’est qu’on sort tous les jours à midi.
Je voudrais revenir là bas. Retrouver les odeurs familières. Les murs oranges moches qui me paraissaient merveilleux. Me recroqueviller dans un coin et ne plus jamais partir. Le regarder prendre le temps. Un temps infini pour les patient. Quand la patience guidait chacun de ses gestes. Râler parce qu’on sortait à pas d’heure.
Mes pieds sont bloqués. Dans les décombres et les méandres de mon imagination.
Plus que 66 jours.