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Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin

Autopsie

 

Au cours de mes études, je me suis toujours dit que j’irais assister à une autopsie si l’occasion se présentait. Alors quand ma pote m’a proposée l’autre jour d’aller en voir une, j’ai accepté sans trop réfléchir, me disant que toute expérience était bonne à prendre. 

Initialement, je n’avais pas prévu d’écrire sur ce sujet un peu particulier, mais le besoin de verbaliser et de mettre des mots sur ce que j’ai vu me pousse à le faire. Après tout, ce blog me sert en grande partie d’exutoire.

J’avais déjà été confrontée à des cadavres au cours des fameuses dissections lors de ma deuxième année. Quatre séances pour mieux visualiser l’anatomie : deux consacrées au membre supérieur et deux pour le membre inférieur. Les corps étaient recouvert d’un grand champ bleu et seule la partie à étudier était mise à nue. Cette préparation, dissimulant les visages, facilitait le détachement nécessaire à acquérir pour cette pratique. La première séance fut impressionnante et nos coups de scalpel étaient hésitants, mais au fur et à mesure des dissections, l’appréhension s’estompa rendant ces travaux dirigés presque banals. Je pensais donc être suffisamment conditionnée et avoir le détachement nécessaire pour assister à cette autopsie.

Le matin même, nous nous sommes rendues à l’institut médico-légal de l'hôpital. Le légiste nous fit entrer et nous donna à chacune une tenue adéquate tout en nous précisant que le corps était celui d’une personne âgée calcinée, morte la veille dans un incendie à priori d'origine accidentel. J’aurai préféré un corps en meilleur état pour la première fois… Nous enfilâmes donc : un pyjama, des bottes en caoutchouc, une combinaison jetable avec gants, sur chaussures et capuche intégrés. Enfin, encore une paire de gant, un tablier en plastique et un masque avec visière. Je m’étonnais un peu de la nécessité d’un tel accoutrement… J’ai compris plus tard.

Timidement nous nous sommes approchées de la table métallique où gisait le cadavre, ou plutôt ce qu’il en restait. Son corps était couleur charbon, il n’y avait plus de tête, ses deux avants bras avaient disparu tout comme ses membres inférieurs à mi- fémur. Néanmoins nous pouvions aisément deviner qu’il s’agissait bien d’un être humain. Tandis que le légiste décrivait le corps dans son ensemble à voix haute, les policiers attentifs, assis derrière la cloison vitrée, consignaient scrupuleusement les informations par écrit.

L’odeur était ce que je redoutais le plus. J’y ai toujours été très sensible et ça m’avait déjà joué des tours, notamment au cours d’un stage en dermato. La vision des ulcères ou encore des escarres verdâtres nécrotiques mettant les os à nu ne m’avait jamais dérangé mais les odeurs qui s’en dégageaient me retournaient l’estomac. A plusieurs reprises j'ai été contrainte de sortir des chambres pour ne pas vomir.  Finalement j’ai découvert le « Vicks vaporub » et ça m’a changé la vie.  J’aurais du penser à en prendre et à m’en tartiner sous le nez. Au début de l’autopsie, l’odeur était encore tolérable.

Après la description minutieuse de l’état du corps, les deux internes et le légiste se sont afférés sur ce dernier. Un bout pour chacun. De son vivant, cette personne avait subi une ostéosynthèse de la tête fémorale gauche secondairement à une fracture du col. Un indice précieux pour l’identifier. Une des internes a donc découpé sans ménagement une partie de la cuisse afin de retrouver le clou et les vis. Elle y parvint après quelques efforts. 

Pendant ce temps le légiste sépara l’ensemble des viscères du corps puis il déposa sans délicatesse le bloc : « trachée-cœur-poumon-œsophage-intestins-reins-foie » sur une planche à découper. Les organes ainsi hors du corps n'avaient presque plus rien d'humain.

C’est à ce moment précis qu’une odeur répugnante, tenace, et violente s’empara de mes narines, rendant impossible et insupportable la respiration par le nez. J’ouvrais donc la bouche pour ne étouffer sous mon masque.  J’avais chaud, je transpirais sous la combinaison et je faisais des efforts conséquents pour ne pas tourner de l’œil.  Cette sensation de flottement terminée, je me reconcentrais sur le travail du légiste.  Il examina d’abord les intestins, palpant toute la longueur pour chercher des polypes ou une masse suspecte. Une fois la tache effectuée, il les balança dans une bassine.

J’avais vraiment l’impression de vivre un rêve éveillé et que la scène à laquelle j’assistais ne pouvait pas être réelle.

Je pensais que les organes seraient disséqués minutieusement ce qui ne fut absolument pas le cas. Ils ont tous été découpés grossièrement, pesés puis jetés. Ils n’étaient pas noirs comme l’extérieur du corps mais l’intérieur était complètement cuit. La trachée contenait des traces de fumée ce qui permis de conclure que la personne était morte par inhalation des fumées toxiques. Plusieurs prélèvements ont été effectués. Un bout de fémur a été scié afin d’en extraire l’ADN. Enfin, au bout de deux longues heures, l'autopsie s'acheva.

On est sortie de là ma pote et moi lessivées et l’estomac retourné. Je me suis promis de ne jamais retourner en voir une.

 

 

NB : CSCT validé avec 15,8 de moyenne à l'écrit et 15 à l'oral. *happy*

 

 

 

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O
Bonjour<br /> Merci pour votre description de l'autopsie<br /> c'est vraiment très intéressant, même 10 ans plus tard
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