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Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin

Petit à petit je prends mes marques et commence à me familiariser dans ce nouvel environnement.

Tous les matins c'est le même rituel. Je me gare, marche un peu et sonne à la grande porte. J'attends que quelqu'un vienne m'ouvrir. C'est souvent l'étudiant infirmier qui vient avec son sourire bienveillant. Il m'ouvre une autre pièce où j'enfile ma blouse qui ici ne me sert pas à grand chose.

Je traverse la grande salle pour rejoindre l'office où le personnel se réunit pour faire la pause. Mal réveillée, le corps encore endolori, je plonge dans le noir brûlant du café et réchauffe mes mains contre la tasse. Je les écoute discuter tout en regardant les patients qui s'occupent comme ils peuvent.

Vers 10h30 la psychiatre arrive enfin pour recevoir les gens en entretien. J'aime bien ces moments qui permettent de faire connaissance avec chacuns des patients en douceur. C'est rare de passer autant de temps avec un patient à seulement discuter.

Ce qui me frappe et me fait sourire c'est la façon dont on dissocie le psychique et l'organique. Ici on accorde pas beaucoup d'importance au corps, et dans les services de médecine classiques, on délaisse beaucoup le côté psychique. Il faudrait un équilibre entre les deux.

La psychiatre emprunte une voix douce et rassurante qui dégage une tendresse palpable. Elle ne se laisse pourtant jamais manipuler. Elle connaît les limites à ne pas franchir. De l'empathie mais pas trop. Les patients défilent un par un dans le bureau. Certains ont le sourire aux lèvres, d'autres affichent une mine froide et méfiante. Même si ils cohabitent ensemble et ont des pathologies similaires, chacun est différent. Certains adorent se livrer, d'autres au contraire se réfugie dans un mutisme protecteur.

Je commence à mieux les connaître.

Mme L. entend des voix et ces voix la persécutent. Les cheveux encore humides, elle se tient droite sur sa chaise et nous certifie qu'elles sont parties. Elle reste pourtant agrippée à son MP3 avec de la musique qui dégouline en continue dans ses tympans pour les étouffer. Ses journées sont rythmées comme celles des autres par les pauses cigarettes. 5 minutes, 6 fois par jour, où ils peuvent se saturer les poumons des précieuses bouffées de tabac. Les briquets crachent leurs flammes dorées. C'est aussi le seul moment où ils peuvent sentir le soleil taper sur leur peau blanche. Ils ne doivent pas être loin de la carence en vitamine D d'ailleurs. Ils fument, prennent l'air et rentrent bien sagement, retournant à leurs occupations.

Elle leur dit toujours : " Vous vous ennuyez ici? " Quelle question ! Ils répondent tous affirmativement. Je me demande tout le temps ce que je ferais si moi aussi j'étais enfermée là dedans. Les jeux de société? Le ping pong? Le sport? Sachant qu'ils sont là pour la plupart depuis des mois.. je comprends mieux cette lassitude sur leurs visages et leurs grands yeux cernés.

 

 

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