Blog étudiant en médecine, externe, interne , carabin
J'ai fait une drôle de rencontre l'autre jour. Le genre de rencontre explosive que tu regrettes aussitôt d’avoir faite et que tu t'empresses d'enfouir dans ta mémoire.
Je suis rentrée chez moi écoeurée et humiliée, avec une furieuse envie de jeter tous mes bouquins de médecine par la fenêtre. Comme si il m'avait secouée un peu trop fort et que mon cerveau s'était fracassé à plusieurs reprises contre les parois de ma boîte cranienne.
La gorge serrée, je me suis plongée dans un bain brûlant et j'ai regardé le plafond. Longtemps. Imaginer de nouveau sa silhouette me dégoute. Peut-être parce qu'il représentait deux éléments parfaitement incompatibles : la spécialité rêvée et le mec détestable qui l'exerçait.
J'avais une vague idée du personnage, confirmée dès les premières minutes où il est apparu dans l'amphi. Un air méprisant et un manque de prestance certain. Ce gars aux tonnes de publications et aux ouvrages multiples dédiés aux externes, nous observait et s'adressait à nous comme si nous n'étions que de vulgaires animaux lobotomisés. En parfait orateur, il a commencé un petit discours d'introduction soulignant notre infériorité intellectuelle par rapport à celle des parisiens. Bah oui nous ne sommes que des provinciaux utopistes qui caressons le rêve d'être spécialiste, preuve de notre stupidité !
Je l’écoutais commenter nos diagnostics, ponctuer nos réponses d’une ou deux blagues de mauvais goût et nous vomir sa violence à la gueule. Au fond ses cas cliniques n’étaient pas si mal et ses explications parfaitement exécutées. Pourtant ça sonnait faux. Chaque mot qui s’échappait de ses lèvres me soulevait l’estomac. Il n’y avait aucun éclat derrière ses phrases, aucune passion. Il aurait tout aussi bien pu nous parler des nouveaux systèmes de goudronnage de la ville. Un pianiste exécutant parfaitement sa partition, a la technique irréprochable mais produisant une mélodie plate, fade dépourvue de la moindre interprétation personnelle.
Il nous parlait des patients de façon grossière sans aucune empathie. Je commençais à bouillir sur mon siège. Mes mains tremblaient, au bord de l’explosion. Je voulais me jeter sur lui et lui briser la mâchoire. Je n’en ai rien fait, évidemment. Mais l’imaginer me calmait.
Quelques heures de plus avec ce type et j’étais dégoutée à vie de la gastro.
J’ai rêvé de M. cette nuit là.
NB : Ai validé officiellement mes partiels de novembre, Gériatrie, Douleur et soins palliatifs.